De l'obeissance et de la discipline en milieu incertain
Nombreuses sont les organisations qui déploient des trésors d’énergie pour se transformer, changer, être agile et s’adapter à un univers aux contours qui évoluent. L’agilité dépend de conditions bien précises et l’étude des Organisations Cirques s’avèrent d’enseignements riches pour imaginer de nouvelles formes d’entreprises.
Agile ou fragile !
La pérennité d’une entreprise n’est jamais garantie. Dans « built to last, Jim collins » montre que seules certaines entreprises remplissant des conditions précises traversent les temps.
L’une des conditions de pérennité les plus déterminantes aujourd’hui est l’agilité à laquelle on oppose des notions comme inertie, lenteur, rigidité… difficulté de mouvement. Si le mouvement est entravé il n’est pas libre. La liberté (composantes de l’agilité) permet l’émergence et l’expression de l’intelligence collective, elle ouvre l’imagination qui engendre l’innovation,
Libre dans la contrainte
Etre libre c’est choisir ses propres contraintes. Cela suppose un degré de maturité relativement important et implique responsabilité et engagement. Mais n’est-ce pas là, la condition pour qu’une organisation donne son plein potentiel ?
C’est le cas dans ce que nous appelons les « organisations cirques » ou CIRCUS COMPANY.
Le cirque est un lieu de performances hors du commun, espace-temps dédié à des clients éphémères pour une représentation où des artistes de tous métiers de toutes nationalités vont donner le meilleur d’eux-mêmes pour un simple WOW ! Cette organisation de « saltimbanques » cache des secrets dont pourraient bien s’inspirer nos entreprises. Parmi les spécificités culturelles des Organisations Cirque - et contre toute attente dans un univers qui parait chaotique – la plus importante est peut être la discipline.
Pour une apologie de la discipline
La discipline fait souvent défaut dans les entreprises qui souffrent d’une vielle maladie contagieuse se transmettant de parents à enfants : le syndrome
d’obéissance.
L’obéissance est un système de soumission fonctionnant sur des règles qui arrangent deux partis comme dans le couple Maître/esclave où chacun y a sa place, son rôle et son bénéfice. Dans le système d’obéissance, la loi est imposée par une instance externe.
De nombreuses entreprises (particulièrement quand règne ou a régné le paternalisme) fonctionnent sur ces bases (contrainte, contrôle) qui constituent l’un des freins majeurs à l’adaptation face au changement.
La discipline, elle est l’intégration de codes de conduites qui font sens pour une personne, un système de repères que l’individu adopte et qui lui donne autonomie dans son action. Dans ce cas la loi n’est pas externe mais interne, l’individu évolue dans une liberté qu’il contrôle.
Un fonctionnement fondé sur l’obéissance est souvent sclérosant, déresponsabilisant. Il empêche l’expression du meilleur de soi et inhibe toute prise de risque. Dans ce système le groupe est uniforme, la diversité n’existe pas, l’individu est binaire : obéissant ou rebelle ! La confiance y est fondée sur le contrôle et donc l’emprise du système ou du « chef » sur le subordonné. Le chef incarne le savoir et la loi (comme le père) et le subordonné incarne l’exécution (comme l’enfant) et dans cette relation chacun a besoin de l’autre et pour justifier sa place.
Vers un management disciplinaire
L’un des enjeux actuel que nous rencontrons souvent dans les entreprises est la nécessaire évolution du management. Beaucoup de managers pensent encore que leur fonction est de contrôler (situations et personnes), de fixer objectifs et cadres de contraintes, de maîtriser et donner des réponses. Or les temps ont changé, le monde est plus incertain que jamais, les collaborateurs plus exigeants, formés et informés. Les entreprises ont des tailles qui rendent plus complexe la stratégie et sa mise en œuvre. Ces paramètres ont un impact direct sur le mode de management requis et sonnent le glas du chef qui impose par l’autorité.
Bartlett et Goshal* (l’entreprise individualisée) expliquent bien cette nécessaire transformation vers un stade plus mature fondé sur la discipline seul capable de libérer pleinement les énergies et d’obtenir un vrai engagement des collaborateurs qui ont tendances de plus en plus à rester spectateurs.
Les organisations cirque offrent une leçon fantastique de discipline et de ce que pourrait être une entreprise où les talents s’expriment pleinement. Apprendre et transmettre, progresser et faire toujours mieux, les artistes s’entraînent chaque jour pour plus d’excellence, pour offrir le meilleur d’eux-mêmes sans injonction ni contrôle d’un chef. Simplement car chacun sait le contrat qui les lie : la passion du métier qui conduit à l’engagement dans l’action pour une vision partagée : étonner le client.
* Sumantra Ghoshal - Christopher Bartlett "L'Entreprise Individualisée, une nouvelle logique de management", Edition Maxima
Agile ou fragile !
La pérennité d’une entreprise n’est jamais garantie. Dans « built to last, Jim collins » montre que seules certaines entreprises remplissant des conditions précises traversent les temps.
L’une des conditions de pérennité les plus déterminantes aujourd’hui est l’agilité à laquelle on oppose des notions comme inertie, lenteur, rigidité… difficulté de mouvement. Si le mouvement est entravé il n’est pas libre. La liberté (composantes de l’agilité) permet l’émergence et l’expression de l’intelligence collective, elle ouvre l’imagination qui engendre l’innovation,
Libre dans la contrainte
Etre libre c’est choisir ses propres contraintes. Cela suppose un degré de maturité relativement important et implique responsabilité et engagement. Mais n’est-ce pas là, la condition pour qu’une organisation donne son plein potentiel ?
C’est le cas dans ce que nous appelons les « organisations cirques » ou CIRCUS COMPANY.
Le cirque est un lieu de performances hors du commun, espace-temps dédié à des clients éphémères pour une représentation où des artistes de tous métiers de toutes nationalités vont donner le meilleur d’eux-mêmes pour un simple WOW ! Cette organisation de « saltimbanques » cache des secrets dont pourraient bien s’inspirer nos entreprises. Parmi les spécificités culturelles des Organisations Cirque - et contre toute attente dans un univers qui parait chaotique – la plus importante est peut être la discipline.
Pour une apologie de la discipline
La discipline fait souvent défaut dans les entreprises qui souffrent d’une vielle maladie contagieuse se transmettant de parents à enfants : le syndrome
d’obéissance.L’obéissance est un système de soumission fonctionnant sur des règles qui arrangent deux partis comme dans le couple Maître/esclave où chacun y a sa place, son rôle et son bénéfice. Dans le système d’obéissance, la loi est imposée par une instance externe.
De nombreuses entreprises (particulièrement quand règne ou a régné le paternalisme) fonctionnent sur ces bases (contrainte, contrôle) qui constituent l’un des freins majeurs à l’adaptation face au changement.
La discipline, elle est l’intégration de codes de conduites qui font sens pour une personne, un système de repères que l’individu adopte et qui lui donne autonomie dans son action. Dans ce cas la loi n’est pas externe mais interne, l’individu évolue dans une liberté qu’il contrôle.
Un fonctionnement fondé sur l’obéissance est souvent sclérosant, déresponsabilisant. Il empêche l’expression du meilleur de soi et inhibe toute prise de risque. Dans ce système le groupe est uniforme, la diversité n’existe pas, l’individu est binaire : obéissant ou rebelle ! La confiance y est fondée sur le contrôle et donc l’emprise du système ou du « chef » sur le subordonné. Le chef incarne le savoir et la loi (comme le père) et le subordonné incarne l’exécution (comme l’enfant) et dans cette relation chacun a besoin de l’autre et pour justifier sa place.
Vers un management disciplinaire
L’un des enjeux actuel que nous rencontrons souvent dans les entreprises est la nécessaire évolution du management. Beaucoup de managers pensent encore que leur fonction est de contrôler (situations et personnes), de fixer objectifs et cadres de contraintes, de maîtriser et donner des réponses. Or les temps ont changé, le monde est plus incertain que jamais, les collaborateurs plus exigeants, formés et informés. Les entreprises ont des tailles qui rendent plus complexe la stratégie et sa mise en œuvre. Ces paramètres ont un impact direct sur le mode de management requis et sonnent le glas du chef qui impose par l’autorité.
Bartlett et Goshal* (l’entreprise individualisée) expliquent bien cette nécessaire transformation vers un stade plus mature fondé sur la discipline seul capable de libérer pleinement les énergies et d’obtenir un vrai engagement des collaborateurs qui ont tendances de plus en plus à rester spectateurs.
Les organisations cirque offrent une leçon fantastique de discipline et de ce que pourrait être une entreprise où les talents s’expriment pleinement. Apprendre et transmettre, progresser et faire toujours mieux, les artistes s’entraînent chaque jour pour plus d’excellence, pour offrir le meilleur d’eux-mêmes sans injonction ni contrôle d’un chef. Simplement car chacun sait le contrat qui les lie : la passion du métier qui conduit à l’engagement dans l’action pour une vision partagée : étonner le client.
* Sumantra Ghoshal - Christopher Bartlett "L'Entreprise Individualisée, une nouvelle logique de management", Edition Maxima
2 commentaires:
Les temps du cirque
Les organisations comme les cirques connaissent trois temps :
L'innovation (création des numéros), l'entraînement (répétition de numéros), l'exécution (production des numéros). Les deux premiers sont dédiés à la parole, à l'hésitation, au tâtonnement, à l'erreur... le troisième temps est un espace de silence.
Une des problématiques de l'entreprise est le mélange des ces trois temps. La parole s'immisce dans l'exécution, le silence (le non-dit) perturbe l'innovation, l'entraînement a peu ou pas de temps.
La discipline c'est le repect de ces trois temps.
Agile et fragile
Achille n'est pas Achille s'il est privé de son talon. L'agilité intègre la fragilité comme une des composantes de la vie, en se sens, la conscience de sa fragilité est un atout pour vivre et mourir. Le concept de pérennité est un syndrôme de toute-puissance qui conduit trop souvent l'organisation à privilégier la survie à l'aventure et donc au risque.
Cirque et entreprise.
Le cirque est circulaire, c'est un monde fini, invisible dans son fonctionnement, visible dans sa représentation. Il a une fonction sociale de type "villageoise", crée des parenthèses émotionnelles entre deux voyages.
Il change à partir d'invariants qui fondent sa tradition. Ce n'est pas le cirque qui survit en tant qu'organisation mais le cirque en tant que tradition. Il y a probablement à chercher dans la perennité des organisations non par la continuité des processus mais la continuité de l'idée à l'origine des processus.
La fragilité d'une organisation peut se traduire in fine par son implosion (luttes internes), explosion (croissance non-mairtrisée) ou une sortie du jeu (inadaptation). Plus que lutter contre la fragilité qui est inévitable, il est de loin préférable de travailler son agilité, renforcer ses points forts. C'est là toute la logique du mouvement américain de psychologie positive dont fait partie notamment Mihaly Csikszentmihalyi (voir vidéo sur ce blog). Le syndrôme de pérennité peut effectivement interprété comme un rêve de toute puissance et d'immortalité mais nous l'intreprétrons davantage comme un souhait de transmission d'un héritage patrimonial aux générations suivantes, ce qui serait le signe encourageant de la responsabilité tant invoquée dans les pratiques de Développement Durable.
Enfin, il est vrai comme le dit Jean-Pascal Farges qu" il y a probablement à chercher dans la perennité des organisations non par la continuité des processus mais la continuité de l'idée à l'origine des processus." L'idée cirque participe d'une vision du monde, le process n'est jamais que la pratique adaptée à un contexte pour manifester cette conception du monde. L'idée de cirque dans ce qu'elle véhicule à la fois au travers du cercle (monde, union, interdépndance) et de l'expression du meilleur de soi avec les autres dans une logique "communautariste" ou de projet semble devenir une possible alternative d'adaptation à ce monde actuel.
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