vendredi 22 juin 2007

Jongler pour anticiper


Technique d'origine martiale très ancienne, le jonglage est la plus ancienne des disciplines de cirque. (Si vous souhaitez approfondir l'histoire du jonglage : www.chez.com/mironton/histoire.html).
Ce qui trouble le novice, c'est le décalage entre le nombre de mains et de balles, ce qui suppose une appréhension particulière du temps. La ligne est orienté futur, puisque le rattrapage des balles n'est qu'une conséquence des actions qui ont été menées. En fait, l'attention du jongleur est centrée sur les lancers, c'est à dire sur le point zénithal des trajectoires qu'il souhaite donner aux balles. Son agilité est paradoxale car son ancrage au sol est fort tandis que le mouvement de ses bas qui lancent est libre et léger. On peut tracer quelques parallèles entre le jongleur et le manager... Ce dernier trouve son efficacité dans l'équilibre entre le décryptage fin de la culture de l'entreprise (ligne temps passé) et l'anticipation des tendances futures (ligne temps futur), ce qui induit une capacité adaptative sans renier l'identité de l'entreprise.
Le jongleur combine rigueur et créativité. La rigueur lui permet d'être précis dans ses lancers et de connaître comment tel type de lancer se traduit en matière de rattrapage. La créativité s'illustre par l'infinie diversité des combinaisons à partir de quelques figures de base. Cette créativité lui permet de nourrir un apprentissage continu, puisque de nouvelles transitions entre les figures de base lui permettent d'apprendre ... de nouvelles figures !
Sa manière particulière de penser (autrement !) se caractérise par la capacité à "lâcher prise": n'être en contact avec la balle qu'un court instant, avec un contact souple qui absorbe l'énergie de la descente et transmet rapidement et fermement l'énergie de la montée, le tout dans un mouvement continu. Et si le manager, créateur des situations d'activité de ses collaborateurs, s'inspirait de "l'Art de lâcher prise" pour équilibrer les temps où il privilégie le contrôle et les temps où il favorise l'autonomie de ses collaborateurs, où il équilibre sa vision d'ensemble et sa vision du détail, où il analyse et "pense système" ?

- Marc Zischka (allez voir son site http://www.ecologik-business.com/)

mercredi 13 juin 2007

De l'obeissance et de la discipline en milieu incertain

Nombreuses sont les organisations qui déploient des trésors d’énergie pour se transformer, changer, être agile et s’adapter à un univers aux contours qui évoluent. L’agilité dépend de conditions bien précises et l’étude des Organisations Cirques s’avèrent d’enseignements riches pour imaginer de nouvelles formes d’entreprises.


Agile ou fragile !
La pérennité d’une entreprise n’est jamais garantie. Dans « built to last, Jim collins » montre que seules certaines entreprises remplissant des conditions précises traversent les temps.
L’une des conditions de pérennité les plus déterminantes aujourd’hui est l’agilité à laquelle on oppose des notions comme inertie, lenteur, rigidité… difficulté de mouvement. Si le mouvement est entravé il n’est pas libre. La liberté (composantes de l’agilité) permet l’émergence et l’expression de l’intelligence collective, elle ouvre l’imagination qui engendre l’innovation,

Libre dans la contrainte

Etre libre c’est choisir ses propres contraintes. Cela suppose un degré de maturité relativement important et implique responsabilité et engagement. Mais n’est-ce pas là, la condition pour qu’une organisation donne son plein potentiel ?
C’est le cas dans ce que nous appelons les « organisations cirques » ou CIRCUS COMPANY.
Le cirque est un lieu de performances hors du commun, espace-temps dédié à des clients éphémères pour une représentation où des artistes de tous métiers de toutes nationalités vont donner le meilleur d’eux-mêmes pour un simple WOW ! Cette organisation de « saltimbanques » cache des secrets dont pourraient bien s’inspirer nos entreprises. Parmi les spécificités culturelles des Organisations Cirque - et contre toute attente dans un univers qui parait chaotique – la plus importante est peut être la discipline.

Pour une apologie de la discipline

La discipline fait souvent défaut dans les entreprises qui souffrent d’une vielle maladie contagieuse se transmettant de parents à enfants : le syndrome
d’obéissance.
L’obéissance est un système de soumission fonctionnant sur des règles qui arrangent deux partis comme dans le couple Maître/esclave où chacun y a sa place, son rôle et son bénéfice. Dans le système d’obéissance, la loi est imposée par une instance externe.
De nombreuses entreprises (particulièrement quand règne ou a régné le paternalisme) fonctionnent sur ces bases (contrainte, contrôle) qui constituent l’un des freins majeurs à l’adaptation face au changement.

La discipline, elle est l’intégration de codes de conduites qui font sens pour une personne, un système de repères que l’individu adopte et qui lui donne autonomie dans son action. Dans ce cas la loi n’est pas externe mais interne, l’individu évolue dans une liberté qu’il contrôle.

Un fonctionnement fondé sur l’obéissance est souvent sclérosant, déresponsabilisant. Il empêche l’expression du meilleur de soi et inhibe toute prise de risque. Dans ce système le groupe est uniforme, la diversité n’existe pas, l’individu est binaire : obéissant ou rebelle ! La confiance y est fondée sur le contrôle et donc l’emprise du système ou du « chef » sur le subordonné. Le chef incarne le savoir et la loi (comme le père) et le subordonné incarne l’exécution (comme l’enfant) et dans cette relation chacun a besoin de l’autre et pour justifier sa place.

Vers un management disciplinaire
L’un des enjeux actuel que nous rencontrons souvent dans les entreprises est la nécessaire évolution du management. Beaucoup de managers pensent encore que leur fonction est de contrôler (situations et personnes), de fixer objectifs et cadres de contraintes, de maîtriser et donner des réponses. Or les temps ont changé, le monde est plus incertain que jamais, les collaborateurs plus exigeants, formés et informés. Les entreprises ont des tailles qui rendent plus complexe la stratégie et sa mise en œuvre. Ces paramètres ont un impact direct sur le mode de management requis et sonnent le glas du chef qui impose par l’autorité.
Bartlett et Goshal* (l’entreprise individualisée) expliquent bien cette nécessaire transformation vers un stade plus mature fondé sur la discipline seul capable de libérer pleinement les énergies et d’obtenir un vrai engagement des collaborateurs qui ont tendances de plus en plus à rester spectateurs.

Les organisations cirque offrent une leçon fantastique de discipline et de ce que pourrait être une entreprise où les talents s’expriment pleinement. Apprendre et transmettre, progresser et faire toujours mieux, les artistes s’entraînent chaque jour pour plus d’excellence, pour offrir le meilleur d’eux-mêmes sans injonction ni contrôle d’un chef. Simplement car chacun sait le contrat qui les lie : la passion du métier qui conduit à l’engagement dans l’action pour une vision partagée : étonner le client.

* Sumantra Ghoshal - Christopher Bartlett "L'Entreprise Individualisée, une nouvelle logique de management", Edition Maxima