CE MONDE EST-IL SERIEUX ?
Quel cirque ! Il semble que nous entrons dans un monde de calculs. Le mot revient même de plus en plus dans le jargon des jeunes et des ados comme un leitmotiv à la moindre phrase : « j’le calcul pas ! »
Dire « calculer » pour exprimer le fait de ressentir, de voir ou de prévoir … comme si le mental s’exprimait désormais en lieu et place du cœur qui détenait encore jusqu’alors le monopole des émotions et de l’expression de nos sens. Calculer est un exercice sérieux, car prévoir ne supporte guère le risque de l’erreur et le calcul s’exacerbe quand la peur d’un futur plus imprévisible s’accroît. La tentation croissante de mettre le monde en équations pour mieux le maîtriser et le contrôler conduit au fur et à mesure du temps qui passe à le rendre plus froid, plus dur et rigide… plus cynique.
Dans notre environnement peuplé de calculateurs en toute genre, ordinateurs censés contribuer à plus de communication et destinés à libérer l’homme, il semblerait que finalement et paradoxalement, il y ait une plus grande proximité d’échanges avec l’étranger du bout du monde appartenant à la même communauté d’intérêt qu’avec son proche ou son voisin. Etrange assemblage des mots d’ailleurs dans cette expression « communauté d’intérêt », comme si seul l’intérêt était désormais la motivation de la rencontre et de l’échange. Dans ces relations intéressées, le calcul prend une part importante et a cet effet étrange d’inverser les distances : les cœurs se distendent alors que les raisons se rapprochent. Serait-ce le signe d’une fin possible des communautés de cœur au profit de celles d’intérêt ?
« Je pense donc je suis ». Par conséquent, pour exister, il est important - sinon de penser- au moins de montrer que l’on pense. Penser, analyser, calculer, sont des actes sérieux qui méritent respect, à l’image du Mathématicien avec le petit Prince. Pour montrer que l’on pense il est préférable de paraître sérieux et endosser l’habit des gens qui pensent : le gris et le bleu sont des couleurs sérieuses, qui assorties à une grande langue autour du cou (cravate) laisse présager de l’importance et du niveau de pensée de l’interlocuteur.
La pensée qui domine met à terre l’émotion, nous avons abandonné notre enfant intérieur qui se nourrissait de grands frissons, d’imagination et de passion, nous sommes devenus des êtres arrogants devant la nature que nous pensons dominer.
C’est une partie de l’amour de l’enfant et de l’humilité de l’homme que nous avons enfouie très loin. L’humilité et l’amour, deux ingrédients qui, conjugués, apportent l’humour, ce regard différent et amusé sur la vie et le monde qui finalement peut nous faire dire : ce monde est-il sérieux ?

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De l’humilité
« L'humilité rend invulnérable »
Marie von Ebner-Eschenbach (1830 – 1916)
Humble : Du latin humilia « près de la terre » dérivé de humus « terre », le sens devient dans le latin chrétien : « conscient de sa faiblesse ».
L’évolution de l’homme est un incessant combat entre la connaissance, mère de toutes les civilisations et l’ignorance, mère de toutes les barbaries.
C’est en sachant que nous ignorons, que nous pouvons apprendre.
Savoir que nous ignorons est une posture d’apprentissage et cette posture s’appelle l’humilité : « conscient de sa faiblesse ».
Il est dans notre nature de vivre avec notre faiblesse ; nous pouvons alors proposer trois réponses :
- soit utiliser cette faiblesse pour apprendre et civiliser nos esprits et nos sociétés,
- soit lutter contre cette faiblesse et ensauvager nos esprits et nos sociétés. La barbarie se nourrit d’arrogance, frappée du syndrome de toute-puissance, confondant croyance et connaissance ; elle devient inquisitrice, fige l’univers dans une description mortifère et conduit le monde par le sang.
- soit se soumettre à sa faiblesse.
L’humilité est une posture d’apprentissage qui défait le « croire savoir » et qui invite à la curiosité de Candide, à l’émerveillement de notre esprit, à l’enchantement du monde.
L’humilité est une source de questionnement qui seule peut interroger le monde pour qu’il réponde.
La conscience de notre faiblesse nous invite à vivre avec notre fragilité en détruisant nos forteresses arrogantes, nos titanesques certitudes, pour rencontrer la nature civilisatrice du monde.
Où et quand s’opère cette rencontre ?
Dans l’enseignement de nos maîtres, ceux qui ont vécu avant nous, dans la rencontre de ceux que la vie met sur notre chemin, de ceux qui vivent autrement que nous, dans un moment fugace et parfois fulgurant pour peu que nous soyons attentifs, écoutants, accueillants… humbles.
Nous ne pouvons nous affranchir de notre condition d’Homme : nous sommes de la terre – humus – et resterons à la terre.
Nos savoirs sont horizontaux comme la terre. Nos arrogances nous précipitent dans un monde vertical, inhumain, réservé aux dieux et, comme Icare, nos chutes sont vertigineuses et inutiles.
Restons des Hommes, Humbles et ayant de l’Humour !
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