Culture et agilité...
Un jour, Claude Nougaro qui rencontrait Alexis Gruss lors d’une première de spectacle dit à son interlocuteur avec tout l’accent méridional qu’on lui connaît « ton cirque, c’est comme un oiseau. Mais ton oiseau lui ne se pose pas sur les branches, il se pose sur les racines ! »
Les sociétés les plus performantes considèrent la culture comme une composante stratégique majeure et de ce fait, elles la gèrent. John Young, C.E.O de Hewlett-Packard, prétend qu’une de ses tâches principales consiste à préserver les valeurs de base de sa société. Mais de tels exemples sont rares. La plupart des entreprises ne savent pas gérer l’évolution de leur culture.
Une culture est forte si elle est à la fois vécue en cohérence en interne, mais aussi si elle entre en résonance avec un contexte externe. L’histoire qui suit illustre ce propos :
L’histoire se passe dans un laboratoire aux USA. Cinq singes à jeun et affamés sont placés dans une pièce. A quelque distance d’eux est suspendu un régime de bananes. Evidement, les singes vont chercher des bananes. Malheureusement, à chaque tentative d’approche, l’ensemble des singes subit une douche froi
de, les en dissuadant. Les singes stoppent leurs tentatives. Alors un singe sort et un nouveau entre. Le nouveau ne connaît pas la douche. Il tente alors d’aller vers les bananes, mais se trouve immédiatement frappé et stoppé par les autres sans même l’action de la douche. Un deuxième sort et un nouveau le remplace. La scène se reproduit. Tous les singes sont remplacés jusqu’au cinquième. Un nouveau entre alors et le manège recommence. Voilà comment se construit une culture ! Elle s’est construite à un moment donné, en réponse à des circonstances réelles, elle était en résonance avec son contexte. Le problème est que, même lorsque le contexte change (il n’y a plus de douche), la culture reste opérante et ce, sans raison autre que la mémoire collective qui persiste.
Dans combien d’entreprises avons-nous entendu : « chez nous ce n’est pas possible », « culturellement on ne peut pas »… combien ont envie d’aller sur de nouveaux terrains (chercher de nouvelles bananes) mais se font exclure ou « taper sur les doigts » lorsqu’ils le font ?
«La culture est constituée d’un groupe d’hypothèses fondamentales ou solutions communes apprises, relatif à des problèmes universels d’adaptation externe (comment survivre) et d’intégration interne (comment rester unis) qui ont évolué au fil du temps et se transmettent d’une génération à l’autre» (Edgar SCHEIN organizationnal Culture and Leadership)
La capacité qu'à l'entreprise de faire vivre une expérience est une condition de performance et la nature de cette expérience est directement liée à la culture. Une culture promeut certaines valeurs plutôt que d’autres. Son effet est bénéfique si ces valeurs concordent avec celles que l’environnement exige de maîtriser. En revanche, s’il y a opposition, l’entreprise a du mal à exceller sur ses marchés. Mais si la culture n’évolue pas, alors l’expérience risque fortement de ne plus être en phase avec les valeurs de son époque et les attentes du marché. Les résultats ne sont pas nécessairement négatifs, mais ils sont généralement modestes. Faire évoluer la culture en fonction de l’environnement est vital.
C’est ce qui fut à l’origine du déclin du CLUB MED dont les valeurs et la culture correspondaient parfaitement aux valeurs des clients dans les années 70, mais celles-ci ont évolué, des concurrents sont entrés et le CLUB MED est resté campé sur ses recettes. Dans une certaine mesure, la FNAC a fait cette erreur mais a su redresser la barre.
Dans un ouvrage intitulé « Corporate Culture and Performance », John Kotter et James Heskett, professeurs à la Harvard Business School montrent les résultats d’une étude effectuée sur 207 entreprises afin d’évaluer la corrélation entre culture et performance. Parmi les 207 sociétés étudiées, certaines ont toujours obtenu d’excellents résultats. Hormis sur un ou deux exercices de temps à autre. Or ces sociétés ont eu aussi à affronter des évolutions fortes de leur marché.
A la base d’un changement de culture réussi, on trouve toujours un leader. C’est la principale différence avec les entreprises qui n’ont pu être redressées. Un changement de culture est forcément une opération initiée et menée par la Direction. Il y a trop d’habitudes à bouleverser pour envisager de faire autrement. Cela exige d’avoir beaucoup de pouvoir. Seul le sommet de la hiérarchie en possède suffisamment.



Pour être ensemble, pour agir et œuvrer ensemble !
